Quand le quotidien se prépare un jour à l’avance

J’ai déjà parlé ici de nos petites astuces pour voyager avec les enfants : Voyager avec des enfants, autrement mais pleinement.
Mais aujourd’hui, j’avais envie de descendre un peu plus dans le détail, dans ces petites choses du quotidien avec un enfant à besoins spécifiques.Ces gestes qui paraissent anodins de l’extérieur, mais qui chez nous, changent beaucoup de choses.
Avec Jaja, les transitions ne sont pas forcément compliquées… à condition qu’elles ne tombent pas de nulle part.
Par exemple, éviter le :« Bon, on arrête la télé, c’est l’heure d’aller se brosser les dents. »
Et préférer :« À la fin de l’épisode, on ira se brosser les dents. »
Cela paraît minuscule comme différence, mais pour lui, ce n’en est pas une.Le simple fait de savoir ce qui va arriver lui permet de se préparer mentalement. Ce n’est plus une interruption brutale, c’est une étape prévue.
Finalement, beaucoup de choses fonctionnent mieux lorsque qu’on les anticipe, surtout avec un enfant à besoins spécifiques.
Parmi les objets qui nous ont le plus aidés, il y a un immense calendrier annuel, acheté pour quelques livres sur Amazon. Il est accroché au mur de sa chambre, et depuis plus d’un an maintenant, tous les soirs, Jaja barre la journée qui vient de se terminer.
On y note les anniversaires, les vacances, les sorties, les activités spéciales… parfois avec des stickers, parfois avec des couleurs. On trace aussi une grande ligne rouge pour montrer les périodes de vacances scolaires.
Ce calendrier est devenu un véritable repère visuel pour lui.
D’abord, parce qu’il visualise le temps qui passe, ce qui est loin d’être évident pour beaucoup d’enfants. Et aussi parce qu’il peut compter les « dodos » restants avant un événement. Comme il adore les maths, cela transforme l’attente en quelque chose de concret, presque amusant.
Au lieu d’un vague « bientôt », il peut voir exactement combien de jours il reste.

On prépare aussi ensemble un sac à dos spécialement pour les sorties.Ce n’est pas seulement un sac pratique pour nous en tant que parents, c’est aussi une manière de le rendre acteur et autonome, ce qui est important pour son estime de soi et sa confiance.
Dedans, on met les papiers du DLA au cas où, une carte avec nos coordonnées, son casque anti‑bruit, quelques fidgets, sa tablette pour les longs trajets, une gourde et des snacks.
Le fait de préparer ce sac avec lui est essentiel. Il sait ce qu’il contient, où chaque chose se trouve, et cela le rassure énormément. En sortie, il peut aller chercher lui‑même ce dont il a besoin, sans toujours dépendre de nous.
Les activités spéciales aussi se préparent à l’avance, pas seulement la veille ou le matin même. Pour une visite au zoo, par exemple, on peut commencer plusieurs semaines avant. On regarde le plan du zoo, on choisit les animaux que l’on veut voir en priorité, on lit des choses sur eux, parfois on regarde des vidéos.
Cela permet non seulement de réduire l’inconnu, mais aussi de prolonger le plaisir de l’activité bien avant qu’elle ait lieu.
Et puis il y a un sujet auquel je ne pensais pas forcément avant d’être parent : la nourriture.
J’avais déjà rencontré cela avec M‑Chan quand elle était petite. Elle refusait certains fruits et légumes, sans même vouloir y goûter.Alors je l’ai emmenée avec moi chez le primeur, elle choisissait les produits, puis elle m’aidait à préparer le repas.
Et presque comme par magie, elle s’est mise à manger des choses qu’elle refusait auparavant.
Avec Jaja, on retrouve un peu le même fonctionnement. Lui, qui ne buvait qu’une marque très précise de jus de fruits, a commencé avec une limonade citron‑clémentine qu’on a préparée ensemble… et depuis, il ne réclame presque plus que ça.
Je pense qu’il y a quelque chose de très important dans le fait de participer, dans l’implication concrète de l’enfant dans la vie quotidienne. Quand l’enfant choisit, touche, prépare, mélange, observe… ce n’est plus quelque chose qu’on lui impose. Cela devient une expérience qu’il partage, ce qui est central pour l’éducation inclusive et affective.
On m’a déjà dit que faire ce genre de choses revenait à « laisser gagner les enfants », qu’il n’était pas à eux de décider, qu’ils devaient apprendre la frustration et simplement faire ce qu’on leur demande.
Mais je ne vois pas l’éducation comme un rapport de force. Je ne crois pas qu’il y ait des gagnants et des perdants dans une famille.Je pense surtout qu’il faut apprendre à vivre ensemble, en essayant de se comprendre mutuellement, avec ou sans besoins spécifiques.
Et pour la frustration… honnêtement, le monde se chargera bien assez tôt de la leur apprendre.Notre rôle, c’est de leur donner des outils, des repères, et un environnement où ils peuvent se sentir en sécurité, tout en apprenant à se débrouiller.




Commentaires