Sous les couleurs de Holi
- niniChan
- 22 avr.
- 3 min de lecture

Il y a des souvenirs qui vous marquent au fer rouge, ou plutôt… aux couleurs vives. Quand on habitait en Nouvelle-Zélande, on est tombés amoureux de Holi dès la première fois. Ce mélange d’amour, de respect et cette énergie folle qui efface les distances, c’était une révélation. Alors, quand on a pu retrouver cet esprit en Angleterre, on a sauté sur l’occasion. Mais cette année, la vie nous a réservé un scénario un peu différent.
Impossible pour moi de me lancer dans la foule avec mes plaies d'opération encore fraîches. J’ai dû être sage et rester dans la voiture. J’ai regardé Doudou et les enfants partir, et une demi-heure plus tard, les voir revenir complètement recouverts de pigments, c’était un vrai spectacle. Ils étaient hilarants, transformés en amas de couleurs.
Pour Jaja, c’était une autre histoire. Le tumulte et le bruit, c’était trop pour lui, il a préféré rester au calme avec moi dans la voiture. Mais l’envie de participer, elle, était bien là, tapie derrière ses yeux curieux. C’est là que son Daddy a eu la bonne idée : il a ramené un pot de pigment pour qu’il ait son propre petit festival, dans notre jardin, une fois rentrés.
Et franchement ? C’était peut-être encore mieux. On s’adapte, c’est ça la vraie vie !
Si l’on gratte un peu sous la surface colorée, cette fête puise ses racines dans des traditions anciennes profondément symboliques. Historiquement, elle marque le passage au printemps, mais elle porte aussi une forte charge de renouveau, de purification et de transformation. La légende de Prahlad et Holika, souvent au cœur des récits, célèbre la victoire du bien sur le mal, de la droiture sur l’oppression. On y trouve aussi la dimension ludique et amoureuse des jeux entre Krishna et Radha.
Au-delà de la mythologie, ce qui est particulièrement intéressant à observer dans cette célébration, c’est ce qu’ont mis en lumière plusieurs anthropologues. McKim Marriott explique que Holi met en scène un équilibre dramatique entre destruction et renouvellement du monde, ainsi qu’entre pollution et purification, qui se joue à la fois dans les principes symboliques du rite et dans l’expérience de chaque participant. Toutefois, comme l’a aussi souligné Babb, cette suspension des hiérarchies sociales reste limitée : Holi ne renverse pas complètement les normes du quotidien.
C’est précisément ce mélange entre transgression, liberté momentanée et retour à l’ordre qui rend cette fête si fascinante. Dans le nuage de couleurs, les distinctions habituelles semblent s’effacer, et chacun entre, le temps d’un instant, dans une humanité plus commune et partagée. C’est exactement ce que nous avons ressenti la première fois : cette barrière invisible qui tombe quand nous devenons, le temps d’une journée, une toile abstraite et vivante.

Pour les enfants, c’est tellement plus qu’un jeu. C’est leur offrir une porte d’entrée concrète sur une autre culture, leur montrer que le respect et le partage peuvent s’exprimer avec exubérance et gourmandise (parce qu’on ne va pas se mentir, la nourriture indienne, c’est sacré !). Ils apprennent que l’autre, avec ses traditions, n'est pas "bizarre", mais juste porteur d'une autre façon de célébrer le vivant.
Finalement, que ce soit au milieu d'une foule immense ou en toute intimité dans notre jardin, le message de Holi, il est là : la joie n’a pas besoin de grandiloquence pour être authentique. On a fini la journée épuisés, colorés de la tête aux pieds, et avec ce sentiment très simple qu'on a fait quelque chose d'important ensemble.
sources :
Victor Turner, The Ritual Process: Structure and Anti-Structure.
McKim Marriott, “The Feast of Love” (1966).
Babb, The Divine Hierarchy: Popular Hinduism in Central India (1975).




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