Portes ouvertes au crematorium
Si je vous disais que, chaque année, nous emmenons nos enfants passer une après-midi au crématorium, quelle serait votre réaction ? "Curieux" ? "Morbide" ? Ou peut-être un peu mal à l’aise ?
Je comprends. La mort est le grand tabou de notre société. On le cache, on le chuchote, on le dissimule derrière des euphémismes. Pourtant, il y a un rendez-vous annuel qui a changé notre manière d’aborder ce sujet en famille : la journée portes ouvertes du crématorium.
Loin du décorum triste des cérémonies que l’on connaît, ce lieu ouvre ses portes pour expliquer, dédramatiser et, surtout, pour répondre aux questions. Voici pourquoi, pour nous, c’est devenu une expérience essentielle.

On pense souvent bien faire en protégeant les enfants de la mort. On se dit : "Ils sont trop petits", "Ça va les traumatiser". Mais le silence est, en réalité, le terreau fertile de l'angoisse. Ce qu’on ne comprend pas fait peur.
En leur offrant un espace neutre, sans le poids du deuil ou de la perte immédiate d'un proche, on leur permet d'explorer le concept de la finitude avec une curiosité scientifique. Là-bas, pas de discours pesants. On trouve des ateliers, des artistes qui exposent leurs œuvres (j'en ai d'ailleurs une magnifique dans mon salon !), des jeux de société, et des espaces pour dessiner.
C’est pédagogique, c’est concret, et c’est même joyeux.
Ce qui me frappe le plus à chaque visite, c'est le contraste saisissant entre les adultes et les enfants. Nous, parents, nous arrivons souvent sur la défensive, le cœur un peu serré, projetant nos propres peurs sur nos enfants.
Eux ? Ils sont… simplement curieux.
Ils ne sont pas choqués par le fonctionnement d’un four ou par la symbolique des cendres. Ils posent des questions directes, sans filtre avec un regard neuf, n'a aucune crainte de demander l'impensable ("Et si on est gros c'est plus long ?" question posée par Miss M il y a deux ans). Ils veulent comprendre le "mécanisme" du cycle de la vie. Ils ne cherchent pas de métaphores compliquées, ils veulent de la vérité.
Et cette vérité, quand elle est partagée avec bienveillance, les apaise. Ils réalisent que la mort n'est pas une entité monstrueuse cachée sous un lit, mais un processus naturel, un passage.

En participant à ces journées, nous ne célébrons pas la mort. Nous célébrons le fait d'être vivants.
Ces moments nous rappellent que le temps est précieux. Que poser des questions, même celles qui dérangent, est une forme de respect envers la vie. Les activités : dessins, jeux de société, discussions, échanges avec le personnel qui est toujours d'une humanité incroyable, transforment une peur abstraite en une connaissance concrète.
Il n’y a rien de morbide dans cette démarche. Au contraire, c’est une démarche profondément humaine.
En habituant nos enfants à ne pas craindre ce qui est inévitable, on leur donne une clé précieuse pour leur vie d'adulte. Le jour où ils seront confrontés à une vraie perte, ils ne seront pas démunis. Ils sauront que la mort fait partie du paysage, qu'on a le droit d'en parler, qu'on a le droit de poser des questions.
Nous, on y retourne chaque année. Pas par masochisme, mais parce que c’est instructif. Parce que c’est bien fait. Et parce qu'on s'amuse en apprenant !




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